Métachronique

Métachronique

lundi 20 février 2017

La langue des hommes.


La science-fiction ultra-réaliste, minimaliste de Premier contact, offre à son réalisateur la chance de pouvoir centrer son histoire sur l'humain. Terrestres ou extra-, il s'agit de nous, de ce qu'on dit, ce qu'on essaie de dire et de ce qu'on ne dit pas. Le rythme est plutôt lent, tendu, au service d'un scénario fort et lisible, sans jamais tomber dans une niaise simplicité (ce qui manquait récemment au cinéma de SF). L'image laisse bouche bée, chaque plan est une photographie somptueuse, où jouent les ombres et les éclats. Tout est maîtrisé au millimètre, même le jeu des deux acteurs principaux qui dévoilent ici leur potentiel dramatique. La performance d'Amy Adams est spectaculaire, elle joue avec finesse et complexité cette linguiste-héroïne au super-pouvoir qui peut sauver le monde, la communication. Denis Villeneuve aussi possède une arme puissante : il parle un langage universel, le cinéma.

lundi 16 janvier 2017

Tout l'amour.


Je n'aime pas Dalida, ni ses chansons, ni son physique. Ses R qui n'en finissent pas de rouler, son chant exubérant, sa chevelure de poupée Barbie. Sa vie ne m'a jamais intéressée, en fait.
Et puis j'ai entendu Lisa Azuelos parler de son film Dalida, sur Dalida, avec des chansons de Dalida, le cauchemar en grand écran. Mais tout ce qu'elle disait à propos du film paraissait vrai et sensé, c'était juste la vision d'une femme sur la vie d'une autre femme. C'était une réalisatrice curieuse qui avait simplement cherché à comprendre.
Alors j'ai pris un billet, j'ai choisi un bon siège, une belle place et le film a commencé.
Très vite, Dalida, qui était pour moi une inconnue, est devenue une amie. Je lui ai trouvé un charisme, une prestance et des fêlures. Très vite, chacune de ses chansons m'a paru forte, puissante, reflétant toute sa vie.Très vite, Sveva Alviti n'était plus Sveva, elle était Iolanda, elle était Dalida.
Une larme a bordé mon œil, à l'Olympia, lorsqu'elle chante, lorsqu'elle vit la chanson de Lama « je suis malade », mais la désynchronisation du play-back a ravalé ma larme.
Il y a quelques longueurs et nous ne voyons pas tout, mais deux heures sont trop courtes pour raconter quelqu'un.


L'essentiel, ce qui aura régi son existence, elle le chante et je l'écoute maintenant avec presque du plaisir : "ma vie est inutile si tu ne m'aimes pas"

samedi 15 octobre 2016

Y tu mama tambien

L'insoutenable incommunicabilité des êtres

C'est le bal tragique de mots qui fusent, d'émotions ravalées, de ce qu'on exprime chacun avec maladresse. C'est l'histoire pathétique d'un repas de famille que l'on a tous vécu, entre le bonheur absolu et le malaise général bouilli dans la canicule. 
Dolan magnifie la banalité, il honore le populaire et filme, avec une extrême sensibilité, tous les mots qu'on ne sait pas se dire. Entre gens qui s'aiment. On ne les dit pas parce qu'on a peur, ou pas le temps. Parce que les autres... tout simplement.

jeudi 4 août 2016

5 à la semaine !


L'aventure Métachronique ne s'arrête pas là...
Vous pouvez désormais retrouver mes articles musique sur le tout nouveau 5 à la semaine.



Ce blog regroupe les chroniques de Julie et Lucas, deux passionnés de son et de musique chacun à sa façon. Et c’est justement le point de départ : une volonté de faire découvrir de la musique, pallier aux propositions algorithmiques par du choix humain. Comme quand deux personnes s’échangent leurs derniers coups de cœurs lors d’une soirée, d’une aprèm, d’une écoute. Il nous permet de mettre par écrit des paroles qui nous ont touchées, des mélodies qui nous bouleversent, des sensations musicales fortes, avec l’espoir de vous transmettre toutes ces émotions. Car la musique est difficile à cerner dans son effet sur nous, et sur vous.

Le principe est simple : une chronique par jour de la semaine, du Lundi au Vendredi. Le samedi vous trouverez une playlist regroupant nos morceaux préférés des albums de la semaine. Et dimanche, pour les réveils à rallonge, pour les journées gueules de bois ou pour accompagner vos barbecues, nous vous concoctons une playlist «découverte totale».

A bientôt, ici ou là...

mardi 19 avril 2016

Au malheur des Ogres


Ils sont affamés par la vie, gourmands d'énergie. Ils avalent dans leurs bras géants, engloutissent dans leurs cœurs immenses des cuillères démesurées de folie. Des ogres fous. Des ogres tendres et pathétiques, inadaptés, se cachant hors des limites. Des clowns tristes qui en font tout un cirque, ils accumulent les ratés, les déboires, boivent, reboivent et puis reboivent encore. Quand ça devient sérieux, il y en a toujours un pour balancer de la semoule ou une blague grasse, grave. Ces ogres impertinents nous racontent une histoire tragique de famille, au son de l'accordéon. Les acteurs crèvent l'écran, ils font du cinéma vivant, ils sortent tranquille de la toile sans demander la permission et foutent le bordel dans la salle : des larmes sur vos joues que tranchent des éclats de rire, ils s'assoient sur vos genoux, écartent vos jambes pour vous exciter, font chanter vos sourires, vous murmurent à l'oreille qu'ils vous aiment et que vous êtes quelqu'un. 

mardi 15 mars 2016

Une si belle promesse.


Elle a quelque chose d'une sœur Casady en fuite, Emily Wells. Sa voix virevolte entre l'enfantin et le lyrique, un musée de variations dans lequel on déambule, conquis. Elle ose une ouverture comme un adieu, sur lequel pleure son violon déchirant. Une entrée en matière de 7 min 30, qui empoigne par le col et serre la gorge. Elle laisse traîner sa voix fantomatique de petite fille disparue sur des productions adultes et profondes. Ses chansons sont hantées par une géniale âme sans âge, pendue à la folie et au talent. 

Le morceau "Pack of nobodies" électrise ce début d'album avec des pics incroyables - dans les graves avec des tambours qui marchent droit et dans les aigus avec un violon survolté. On y retrouve le piment hip-hop qu'Emily Wells dose si bien.

"Take it easy" apaise pour mieux surprendre avec sa montée en puissance, escalade vers le ciel, vers le paradis musical. Ecouter ça et mourir. Ou pas, il reste encore une moitié d'album avant le septième ciel. Une moitié riche en beauté pure, illuminée par le blues unique de "fallin in on it", les guitares sensuelles d'"antidote" et ses cordes en bouche à bouche. Reste enfin la fureur majestueuse du morceau épique qui clôt cet aparté musical avec les anges. Bianca et Sierra font pâle figure.

jeudi 25 février 2016

« Abandonne ceux qui s'abandonnent »


Criant le vrai, Maïwenn revient. Elle filme avec pudeur comme il est dur d'être grand. Parce qu'aimer c'est rire beaucoup autant qu'on pleure. Un jour, on touche les étoiles à pleines mains, quatre mains et le lendemain tout vole en éclats, de verre, de voix, en éclats d'âmes.

Cassel est parfait en roi acteur, menteur, à la fois despote, manipulateur et séduisant, vivement capricieux. Gros roi bébé. Sexy. Bercot est absolue, tellement réelle dans ses fêlures, dans son amour aveugle et dans sa dépression. Et puis l'enfant, dans la tourmente.
On se désole, on voit venir le piège, on voudrait sauver Tony des griffes de son roi des connards. Le film prend aux tripes parce que les acteurs sont tous d'une perfection égale, raffinée, magistralement dirigés par la baguette magique de Maïwenn. Du coup, on plonge dans une histoire bouleversante de vérité, crédiblement dangereuse.


Un film sans morale, amoral, sur l'amour sans issue, sur ce qu'on croît être de l'amour quand on s'est fait avoir.